TOUS POURRIS !

Gaspillage de l’argent public : Les Régions se moquent de vous

 

Hôtels de Régions pharaoniques, réceptions et dépenses de communication somptuaires, tramways les plus chers du monde… A deux mois des élections régionales, un livre édifiant, «Régions, le grand gaspi» de Robert Colonna d’Istria et Yvan Stefanovitch, dresse le bilan de l’utilisation par les élus de l’argent des contribuables. Extraits exclusifs.

 

 Les présidents de Région raffolent de la pierre et du béton. A quoi cela sert-il d’être roi si l’on n’a pas un palais digne de ce nom ? Les hôtels de Région sont des gouffres financiers dont les factures finales dépassent amplement les devis. Et, quand les présidents n’osent pas édifier, ils réaménagent leurs bureaux à coups de centaines de milliers d’euros, en succombant aux charmes de l’art contemporain.

Nouveau siè du Conseil Régional Rhone Alpes. Rien est trop beau. Rien n’est trop cher.

Quand ils (les responsables de la Région Rhône-Alpes) avaient lancé l’idée d’un nouveau siège du conseil régional, en 2006, le projet confié à Christian de Portzamparc, un des plus illustres architectes au monde, était précisément estimé à 96 millions d’euros. Début 2009, ce chiffre avait passablement grimpé pour s’établir à 150 millions d’euros. Il avait entre-temps fallu redimensionner le bâtiment pour l’adapter à l’augmentation des effectifs de la Région, passés en trois ans de 940 à 1 290 agents (+ 37 %). Désormais, les plus perspicaces estiment qu’à sa livraison, dans le courant de l’année 2010, l’hôtel du conseil régional devrait finalement coûter 200 millions d’euros. Combien de lycées pour ce prix-là ? Combien de crèches, d’écoles maternelles ?

Plus modeste, l’hôtel de la Région Auvergne a connu un sort comparable : au terme de – très traditionnelles – pirouettes, son coût initial de 45 millions d’euros a grimpé à 60 millions, puis à 70 millions d’euros. Il doit être inauguré prochainement. Où cette escalade s’arrêtera-t-elle ? (…)

Sitôt arrivé à la présidence de la Région en 2004, il (Georges Frêche) avait commencé par s’installer à son aise et réaménager de fond en comble le bureau présidentiel. Ce faisant, il ne craignait pas d’afficher un goût prononcé pour les meubles design et les créateurs coûteux : paravents japonais, bar avec distributeurs de glaçons, écran plasma, sièges de bon faiseur, etc. Pour son cabinet de toilette, il a par exemple choisi une ligne d’objets créés par Philippe Starck (165 euros pour le dérouleur de papier hygiénique, 237 euros le porte-savon et le porte-verre, 396 euros le porte-balayette, 663 euros les deux porte-serviettes, etc.). Au total, les contribuables ont payé plus de 17 000 euros pour permettre au nouveau président du conseil régional de disposer d’une salle de bain convenable ! Dans le même mouvement, il a écarté la voiture de fonction de son prédécesseur (une vulgaire Renault Vel Satis), et s’est laissé tenter par un 4 x 4 Touareg de Volkswagen. Au prix de base, le contri buable a dû ajouter la valeur de quelques insignifiantes options : sellerie cuir (3 488 euros), GPS et chargeur CD (2 427 euros), application de ronce de noyer (285 euros), système multimédia (2 292 euros). Coût total : 53 000 euros. Une de ses dernières lubies est d’installer place du XXe-Siècle une statue de Lénine. Achetée d’occasion, elle a coûté 170 000 euros. (…)

Un de ses premiers gestes (de Claude Gewerc, élu en2004), en arrivant à la tête du conseil régional de Picardie, a en effet été de meubler convenablement son bureau. Son prédécesseur, l’UDF Charles Baur, devait vivre sinon dans la crasse, du moins de manière mesquine et étriquée. Il était urgent de faire un peu de ménage : la réfection des revêtements muraux et la rénovation du parquet et du plafond ont coûté 18 000 euros. Quand le décor fut planté, il ne restait plus qu’à poser les meubles : écran plasma (c’est une manie…), colonnes hi-fi design, bureau en verre (2 300 euros), tapis (4 400 euros) et tableaux modernes… dont le prix n’a pas été communiqué. On craint le pire. «La puissance publique, se défend le nouveau souverain de Picardie, doit permettre aux artistes de vivre. » Qui oserait prétendre le contraire ? A la puissance publique, Claude Gewerc a également transmis son amour des belles voitures. Lui aussi a préféré se séparer de l’ordinaire Renault Vel Satis de son prédécesseur et a arrêté son choix sur une rutilante Citroën C6 (prix catalogue : 53 000 euros) ». (…)

Quand les Régions ouvrent des représentations diplomatiques !

Au prétexte de faire connaître leurs Régions à l’étranger ou d’offrir aux PME du cru des locaux à vil prix, certains élus régionaux ouvrent des bureaux dans des capitales étrangères… mais aussi dans des lieux beaucoup plus exotiques. Championne toutes catégories de ce gaspillage, la Région Languedoc-Roussillon ne lésine pas sur les ambassades.

«Un des derniers faits d’armes de Georges Frêche : le 13 avril 2009, l’inauguration à New York d’une nouvelle Maison du Languedoc-Roussillon. Il y en avait déjà à Chengdu (ville de la République populaire de Chine jumelée avec Montpellier), Shanghaï, Londres, Milan, Bruxelles. Des projets sont dans les cartons pour étendre le réseau diplomatique de la Région à São Paulo, Buenos Aires, Hanoï, Tokyo, New Delhi, Madrid, Barcelone, Berlin, Moscou… Pourquoi rien en Australie ? Dans les eaux des Maldives ? Pourquoi rien sur la Lune ?

Un aréopage d’une quarantaine de personnes a traversé l’Atlantique pour porter la nouvelle institution sur les fonts baptismaux : une demi-douzaine de fonctionnaires de la Région, autant d’employés de l’agglomération, cinq élus, douze journalistes, des représentants de ce qu’on appelle la « société civile », membres de la faculté de médecine, de la chambre régionale de commerce et d’industrie, acteurs du monde viticole, etc. A quoi servira cette vitrine de la Région située à deux pas de Central Park, 10 East 53e Rue ? Nul ne le sait avec exactitude. On parle d’un outil d’aide à l’exportation financé par le conseil régional, au travers de la société d’économie mixte Sud de France Export.

Trois personnes y sont employées, chargées de mettre en relation les entreprises de la Région, en particulier les viticulteurs, avec des distributeurs américains potentiels. Des bureaux sont aménagés pour accueillir les réunions entre professionnels. Autant dire, si c’est là son seul objectif, que la Maison du Languedoc-Roussillon ne fera rien d’autre que ce que devrait faire la mission économique française de New York qui dépend des services de l’ambassade de France à Washington. Pourquoi donc, s’il n’y avait besoin que de bureaux, déployer pareils fastes dans un quartier ultra-chic, sous le regard des passants ? Combien coûte un local commercial – où il n’y a rien à vendre – de 200 m2 à quelques pas de la Cinquième Avenue, une des plus chères du monde ? Un flou complet entoure cette question. Selon les sources, les chiffres divergent. Georges Frêche parle d’«un million d’euros» pour l’ensemble des Maisons du Languedoc-Roussillon, soit «0,1 % du budget régional» (Midi Libre, 15 avril 2009), chiffre contredit par une délibération adoptée par le conseil régional le 20 décembre 2007. Il y était prévu, dans le budget 2008, pour sept Maisons du Languedoc-Roussillon dans le monde, une somme de 3,3 millions d’euros, dont 633 300 euros pour celle de New York. Pour 2009, il faut se référer à un document de présentation du budget, voté en séance le 19 décembre 2008 : la somme prévue pour le fonction nement des Maisons est encore de 3 millions d’euros…

Une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Et le brave et bon contri buable, qui a vu ses taxes foncières régionales augmenter de rien moins que 87 % entre 2003 et 2009, qu’en pense- t-il ? (…)

Le conseil régional de Basse-Normandie s’est ainsi doté, en 2004, d’un «nouvel axe d’intervention» : la défense des droits de l’homme. Qui voudrait attaquer ces fameux droits ? Qui pourrait contester pareille orientation politique ? Ce « nouvel axe » a même été doté d’un budget annuel de 400 000 euros. Rien de moins. Une des premières actions mises en œuvre dans ce cadre a consisté, le 14 juillet 2004, à envoyer deux conseillers à la réception donnée par l’ambassadeur de France à Riga. Qui allaient-ils surveiller ? Les diplomates français, ou les autorités lettones ? Les uns et les autres sont réputés, comme chacun sait, pour la brutalité de leurs pratiques et leur mépris des libertés les plus élémentaires… Trois mois plus tard, les deux mêmes lascars, flanqués d’un collègue, sont allés passer quelques jours à Montréal, au congrès mondial contre la peine de mort. Au total, entre les pays connus pour défendre les droits de l’homme et ceux réputés les bafouer, on peut, bon an mal an, se concocter un agréable programme touristique autour du monde… Aux frais de l’électeur. » (…)

Très chères dépenses de communication

Potentats locaux, les présidents de conseils régionaux restent souvent des inconnus pour leurs électeurs et plus encore pour l’ensemble des Français. Certains d’entre eux rêvent pourtant à un destin national. Pour se faire connaître, une seule solution : investir massivement dans la communication. Sondages, réceptions, logos, journaux… tout y passe. Et, là aussi, les sommes dépensées font souvent tourner la tête.

«La Picardie est d’abord équipée – comme bon nombre de ses consœurs – d’une belle revue mensuelle, sur papier glacé, Agir en Picardie, distribuée gratuitement dans 810 000 foyers de la Région. Sa fabrication coûte plus de 1,2 million d’euros chaque année, sans parler de sa réalisation, ni du prix de sa distribution. Comme si un conseil régional avait à se transformer en entreprise de presse ! La Région a ensuite tenu à se munir d’une chaîne de télévision. Sans doute estimait-elle France 3 trop peu disponible pour parler d’elle, ou trop peu encline à cirer les pompes des conseillers régionaux… Cette dernière venue dans le PAF (paysage audiovisuel français) coûte la bagatelle de 2 millions d’euros au contribuable picard, somme dont on peut prédire qu’elle est purement et simplement jetée par les fenêtres. (…)

C’est ainsi, par exemple, que l’inévitable Georges Frêche, président divers gauche de la Région Languedoc-Roussillon, a récemment commandé un sondage pour savoir comment il était perçu par la population. Coût pour l’administré ? Une bagatelle : 85 000 euros. Le plus admirable dans l’affaire est que, pour ce prix, les administrés ont même eu le droit de savoir ce qu’ils pensaient du président de leur Région : 40 % d’entre eux, assurent les sondeurs, estiment que Georges Frêche est la personnalité qui incarne le mieux la Région, loin devant les regrettés Georges Brassens (6 %) et Jean Moulin (4 %). 85 000 euros qu’on est allé prendre dans la poche des contribuables pour ces enfantillages ! Et cela sans le moindre sentiment de honte ! (…)

Le nom de la Région Rhône-Alpes comportait un trait d’union, entre Rhône et Alpes. C’était insupportable. Cela torpillait, paraît-il, la dimension « fusionnelle » du territoire ! Il fallait réagir. Vite. C’est ce qu’a fait le député PS Jean-Jack Queyranne, peu de jours après son élection à la présidence de la Région en 2004. Il a envoyé le vieux logo aux oubliettes (cette « antiquité » datait de 2001 !), et en a commandé un tout neuf en prescrivant bien à l’agence de communication chargée de cette noble mission d’« avoir la peau » du trait d’union. Le résultat est très seyant. Pour exprimer le «dynamisme du conseil régional», on a choisi pour la composition des lettres un léger italique et une nouvelle teinte, prune, «contemporaine, chaleureuse et sensuelle», sélectionnée pour «symboliser la créa tivité, la force et la souplesse… avec une rondeur qui exprime une région solidaire», indique l’entourage du président au magazine Capital, qui dans son numéro de juillet 2008 précise à son tour : «La conception de cette petite chose est revenue à 73 000 euros. La campagne de communication lancée pour célébrer sa naissance a coûté 850 000 euros. Le remplacement de l’ancien logo sur les wagons de TER et sur le fronton des lycées a mobilisé au bas mot 300 000 euros. Au total, la région Rhône-Alpes (ou Rhône Alpes ?) aura donc dépensé 1,3 million d’euros pour se refaire une virginité visuelle.» (…)

Selon la commission d’enquête sur la fiscalité locale, désignée en 2005 par l’Assemblée nationale (président : Augustin Bonrepaux, PS ; rapporteur : Hervé Mariton, UMP), les budgets de communication ont, en un an, augmenté de 176 % en Bourgogne, 126 % en Auvergne, 71 % en Picardie, 57 % en Rhône-Alpes, etc. En Ile-de-France, les dépenses de communication sont passées en dix ans, de 1998 à 2008, de 4,8 à plus de 15 millions d’euros, soit une multiplication par plus de trois. Encore faut-il souligner que beaucoup de dépenses de communication ne sont pas individualisées en tant que telles, mais se dissimulent à l’intérieur d’autres chapitres budgétaires (action internationale, culture, action sociale, etc.). » (…)

L’océan sans fond des subventions

Elles sont l’arme fatale des Régions. Pas ou peu contrôlées, les subventions sont au bon vouloir des exécutifs. On y trouve de tout !

«En fait de clientélisme, la Région Poitou-Charentes n’est pas en reste. Elle a ainsi créé le Fril (Fonds régional d’intervention local), qui finance des projets locaux dans la Région. Sur un montant de 8 millions d’euros d’investissements, 2 millions, soit près de 24 % des subventions de ce fonds, sont destinés à l’ancienne circonscription législative de Ségolène Royal, présidente du conseil régional, qui ne représente pourtant que 5,3 % des habitants de la Région.

Chaque Pictocharentais, selon ses goûts, doit ainsi pouvoir ins taller sur sa terrasse, dans son jardin ou sous son toit des « kits récupérateurs » du précieux liquide tombé du ciel.

Très bien. Une enveloppe a été votée, 7 687,68 euros très exac tement, et partagée entre 188 dossiers, c’est-à-dire que 188 administrés de la Région ont reçu chacun une quarantaine d’euros… Il n’est pas inutile d’indiquer une nouvelle fois, compte tenu de la taille du conseil régional en question, que le coût de chacun de ces dossiers peut être évalué à une centaine d’euros.

Autant dire qu’à l’absurdité de la mesure – qu’est-ce que 40 euros au regard du coût d’un récupérateur, quand les équipements les plus modestes, qui rendent des services très imparfaits, coûtent environ 200 euros ? – s’ajoute la stupidité des frais à engager pour traiter ces dossiers. Un effet d’affichage, mais du gaspillage à l’état pur. (…)

En Bourgogne, le clientélisme prend des formes pittoresques. Du moins quand il se manifeste par des subventions que le conseil régional accorde à des associations. En 2007, l’assemblée régionale a par exemple trouvé 4 000 euros pour développer les échanges entre éleveurs bourguignons et touaregs, 15 900 euros pour encourager la découverte des musiques et des contes du monde, 18 000 euros pour la formation de trois jeunes rugbymen sud-africains, et notamment 25 000 euros pour l’intégration sociale par la pratique musicale amplifiée. Cette «pratique musicale amplifiée» est une trouvaille qui méritait bien 25 000 euros !

Soucieuse de donner un petit coup de main à ses électeurs potentiels, la Région Rhône-Alpes n’hésite pas, elle, à subventionner les syndicats. Quel est le lien entre cette disposition et ses compétences ? Mystère. Dans son budget 2007, 400 000 euros étaient ainsi destinés aux syndicats, mesure qui venait «en appui au dialogue social territorial». La CGT, pour sa part, a reçu un petit tiers de cette manne, soit 118 000 euros. De quoi fabriquer quelques banderoles… et avoir un peu de tranquillité sur le front social. (…)

(En Ile-de-France) ont par exemple été distribués : 12 000 euros pour une «caravane de formation au journalisme partici patif» ; 20 000 euros pour «les vies prolétaires, les images, l’engagement et l’intime» ; 7 000 euros pour la «coordination des collectivités portugaises de France» afin de «sensibiliser un peu partout dans le pays la communauté portugaise aux élections européennes de 2009» (il faut signaler que le président de l’association figurait sur la liste socialiste des municipales 2007 dans le XIVe arrondissement de Paris…) ; 18 000 euros pour l’Association des Marocains de France et ses projets « Caravane de la mémoire vive » et« Découverte de la citoyenneté européenne » ; 13 500 euros pour l’association Jupes et Talons afin qu’elle organise des «groupes de travail et d’expression avec des femmes et des jeunes filles des quartiers sur le thème de la mobilité des femmes et des questions d’identité, des relations filles-garçons…» ; 6 000 euros pour l’action « atelier citoyenneté-participation citoyenne et solidaire des femmes », au profit de la Maison des femmes de Paris, dont le but est notamment d’«accueillir les activités de différents groupes, collectifs ou associations féministes et/ou lesbiennes», «favoriser l’accès des femmes au droit à l’avortement», «lutter contre l’oppression spécifique des lesbiennes»… (…) Sans parler des aides que la Région apporte à des travaux universitaires ou scientifiques, dont on se demande bien ce qu’ils ont à voir avec la raison d’être de la Région. 20 000 euros ont ainsi été payés pour un programme d’études sur les écrevisses pour une fédération de pêche ; 25 000 euros ont été versés pour étudier les mécanismes du déclin du moineau domestique ; 7 500 euros pour une thèse sur la transformation des formes d’autorité chez les Inuits du Nunavik et l’émergence de la figure du leader politique au XXe siècle… (…)

La majorité régionale (de Poitou-Charentes) a attribué, par délibération du 10 juillet 2006, une subvention de 30 000 euros pour aider les universités d’été d’Attac qui se sont tenues à Poitiers en août 2006. Cette somme était supérieure à celle attribuée en 2005 au même mouvement pour le même motif : 20 000 euros. En 2006, le même conseil régional a également attribué 2 000 modestes euros à la Confédération paysanne de José Bové et 1 000 encore plus modestes euros à l’Unef (Union nationale des étudiants de France). Tout cela avait-il quelque chose à voir avec le fait que la présidente de la Région avait le projet de présenter sa candidature à la présidence de la République ? C’est évidemment impossible à prouver. » (…)

Les dépenses délirantes des TER

Voici, sans doute, les dépenses les plus incroyables auxquelles se livrent nos Régions. Après avoir investi dans de rutilants et rapides trains express régionaux, les collectivités se sont aperçues qu’ils roulaient au ralenti tant les voies de chemin de fer étaient mal entretenues. Malheureusement, ni la SNCF ni l’Etat ne veulent – ou plutôt ne peuvent, faute de moyens – remplir leurs devoirs. Du coup, pour ne pas subir les foudres des usagers, les Régions se sont résolues à prendre en charge leurs réparations et leur entretien. Des sommes colossales sont en jeu. Mais ce n’est pas tout. Pour être «écologiquement correctes», les Régions privilégient le rail aux dépens de la route, qui pourtant reviendrait moins cher…

«Avec 56 centimes d’euro au kilomètre (58 en 2007), le TER (du Limousin) est le plus cher de France. Ce prix du voyageur au kilomètre s’obtient en divisant les charges d’exploitation par le trafic en voyageurs au kilomètre. Ces 56 centimes d’euro au kilomètre peuvent être comparés, toujours pour 2008, avec le prix voyageur au kilomètre qui s’élève à 21 centimes d’euro en Picardie. Mais la Picardie compte 1 886 000 habitants pour une superficie de 19 311 km2 contre 725 308 habitants et une surface de 16 942 km2 pour le Limousin. Avec 28 voyageurs en moyenne dans chacun des douze AGC de 210 places, les TER du Limousin n’ont qu’un taux de remplissage de leurs rames de 13 %, contre 35 % en moyenne dans le reste de l’Hexagone. C’est pourquoi, dans un souci d’économie, les TER du Limousin ont rénové 18 autorails diesel X2200 à une seule voiture (datant de 1985), qui ont l’avantage, à la vitesse maximum de 120 km/h, de ne transporter que 53 passagers assis…

A l’évidence, les 28 passagers en moyenne tiendraient facilement dans un bus, ce qui reviendrait beaucoup moins cher. Avec 105 passagers en moyenne par TER en 2008, la Picardie fait, elle, rouler ses trains à moitié vide ou à moitié plein. Cette Région est maillot jaune dans l’Hexagone pour le taux d’occupation des TER.

Sur son budget 2009 de 774,9 millions d’euros, le conseil régional de Bourgogne a consacré 210 millions d’euros aux transports, soit 28 % (dont 25 % aux TER), contre 158 millions et 148 millions d’euros respectivement à la formation professionnelle et aux lycées. (…)

Le choix du Francilien a des conséquences financières dignes d’un sketch à la Raymond Devos, un sketch à 2 milliards d’euros. Ce nouvel automoteur Transilien a été commandé avec un plancher haut (97 cm) pour desservir les gares du Transilien, qui sont à 85 % des gares à quai bas (le plus souvent à 55 cm).

Pour assurer une bonne accessibilité, de plain-pied, comme l’exige la loi de 2005 sur les PMR (personnes à mobilité réduite), la plupart des quais des 254 gares du Transilien en Ile-de-France devront être rehaussés de près d’une quarantaine de centimètres. Il faudra ensuite revoir les accès aux quais depuis la voirie, en passant par la gare, créer des rampes d’accès, reconfigurer les accès souterrains, déplacer les ascenseurs et les passerelles. Une kyrielle de travaux pour une addition colossale qui pourrait dépasser les 2 milliards d’euros, à échéance 2017-2018, et à partager entre Réseau ferré de France (RFF) et le Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif). Ce dernier se serait-il trompé de hauteur de quai en rédigeant sa commande à Bombardier ?

Pas du tout, car il existe cinq hauteurs de quai différentes en région parisienne, héritage de la création de la SNCF à partir de la fusion de six réseaux privés en 1938. La Région a choisi de privilégier les quais les plus hauts, d’une hauteur de 92 cm, pour deux raisons. La première : plus le quai est haut, moins les voyageurs traversent les voies. La deuxième : plus le quai est haut, plus la charge utilisable sous les rames est grande. Cette hauteur optimale de 92 cm pour les quais et de 97 cm pour le Francilien (la marge de 5 cm permettant que, malgré l’usure des roues et le poids de son chargement, le train affleure légèrement au-dessus du quai) avait été définie pour les trains en Ile-de-France au début des années 1990 par un rapport des Ponts et Chaussées. La Région a décidé de prendre cette étude et les conseils de la SNCF pour argent comptant.

Conséquence : sur la ligne Paris-Luzarches, les employés de RFF ont posé des balises à l’entrée des gares pour que le Francilien puisse distinguer une gare à quai haut d’une gare à quai bas et entreprenne de déployer, ou pas, ses deux marches mobiles pour les PMR. Le système provisoire de marche mobile impose en outre de « raboter » les quais supérieurs à 55 cm. Pas vraiment productif quand on sait que tous ces quais seront par la suite rehaussés à 92 cm… » (…)

Les intertitres et les textes en gras sont de la rédaction.

* «Régions, le grand gaspi», de Robert Colonna d’Istria et Yvan Stefanovitch. Le Rocher, 310 p., 19 euros. Parution le 4 février.

Source : Le Figaro

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