Identité Nationale

 

Il fut un temps qui me paraît si lointain et pourtant je ne suis pas si vieux, où le sentiment d’identité nationale n’avait pas besoin de se poser, car ce sentiment faisait partie intégrante de notre être. A la fois présent et diffus, il émanait tout autour de nous. La seule évocation de lieux chargés d’histoire suffisait à enflammer notre imagination ; Montmorency, Argenteuil, Saint-Denis, Saint-Germain faisaient jaillir des Ducs empanachés sortant de leurs châteaux escortés par quelques mousquetaires, des moines et des nones qui se retrouvaient le cœur battant la chamade dans le silence ombragé de la nuit, à l’abri, derrière les murs des couvents, des processions ornées d’étendards flamboyants accompagnaient les rois défunts dans leur dernière demeure. Nous marchions délicatement emplis de solennité sur les dalles froides sous lesquelles ils reposaient. Leur âme, toute chargée de majesté, flottait autour de nous et leur visages aux traits fins et réguliers sculptés dans la pierre de leur gisant nous donnaient une idée de la beauté et de la noblesse.

 

D’autre fois, lorsque nous allions au cimetière pour fleurir les tombes par les matins frais et brumeux de la Toussaint, nous déposions les gerbes sur le marbre froid dans le recueillement et nous demeurions là, communiant avec nos ancêtres dans le silence que déchirait parfois les cris des corneilles. Les vieilles croix penchées sur des dalles fendues où les gravures disparaissaient inexorablement sous l’empreinte des éléments et du temps, nous donnaient la mesure de l’ancienneté des liens qui nous unissait aux et à cette terre. Nous étions les maillons d’une chaine immense et ce lien nous paraissait alors immuable.

Dans les vieilles rues pavées, chacun de nos pas croisait ou suivait ceux de milliers d’hommes humbles et puissants qui avant nous allaient et venaient préoccupés de leur affaires, cheminant perdus dans leurs pensées. Tout ces pas anciens et nouveaux s’entremêlaient, se confondaient, s’ajoutaient à la matière. L’odeur du temps s’était déposé dans la pierre humide qui transpirait son parfum. Du porche des vieilles bâtisses, il nous semblait que pouvait surgir à tout moment des personnages en redingote et haut de forme, derrière les murs de pierre des jardins abandonnés, des vieilles femmes, le dos courbé, sarclaient la terre pour en tirer à grand peine leur maigre subsistance. 

 

Au sortir de la ville, par les chemins de campagne, nous contemplions le même paysage que nos ancêtres et ce paysage depuis des siècles avait à peine changé. Bois de chênes, de charmes et de hêtres, entrecoupés de champs blonds et de prairies soigneusement délimitées par des haies aux multiples essences. Des villages blottis autour de l’église. Le son des cloches pour rythmer le temps et celui des bêtes s’égaillant dans les prés.

 

Et lorsque pour les vacances, nous traversions le pays, il nous semblait partir pour des terres lointaines car le monde était encore vaste. Les paysages défilaient devant nous, harmonieux, patiemment modelés et entretenus par la main vigoureuse et non moins délicate du paysan. Ils changeaient à mesure de notre progression, tout comme l’architecture des maisons et la disposition des villages. Tout cette harmonie révélait l’unité de l’homme ancré dans sa terre. L’homme et la terre s’étaient façonnés mutuellement. La terre avait gravé le caractère de hommes et les hommes avaient apprivoisé la nature.

Les hommes. Point besoin comme aujourd’hui de discours martelés continuellement pour nous convaincre. Du premier coup d’œil, même de loin nous reconnaissions le compatriote. L’allure générale, la tenue vestimentaire, la physionomie et la démarche même nous parlait. Puis à mesure que nous approchions, les traits du visages et le timbre de la voie confortaient les premières impressions. Non pas que nous nous ressemblions tous, mais que toutes ces différences étaient familières à nos yeux, à nos oreilles.

Notre vie était régie par un ensemble de valeurs morales et de codes sociaux qui étaient compris et admis de tous, résultant de longs siècles de cohabitation qui avaient forgés univers mental de notre peuple. Celui qui les transgressaient s’excluait lui-même et devait en assumer les conséquences énormes, de sorte que les marginaux étaient rares et la société stable.

 Si aujourd’hui la question de l’identité nationale est posée, c’est parce que tout nos repères ancestraux ont été systématiquement effacés. Deux guerres mondiales fratricides ont ébranlé notre civilisation. Profitant du désarrois, des forces exogènes et ennemies se sont emparées de notre pays et tentent maintenant, par tous les moyens, de nous imposer leur vision. Et si nous perdons nos repères et sommes inquiets pour l’avenir, c’est parce que le monde qu’ils veulent nous imposer nous est étranger et qu’il contient les germes de notre destruction.

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